Un rendez-vous vaginal
par: Mona Hébert, homéopathe, naturopathe, herboriste

 

Le vagin, cet intime inconnu... 
Aussi unique à chaque femme que les traits de son visage, le monde vaginal demeure encore, pour beaucoup d'entre nous, un univers à explorer. 
À vos spéculum!

Les femmes ne connaissent pas leur corps.
C'est un constat surprenant qui se confirme indéniablement quand on parle du sexe féminin. Combien d'entre nous se sont-elles déjà regardées intimement?

Au nom de quelle croyance, par quel mécanisme inconscient négligeons-nous de connaître cette partie si importante de nous-mêmes? C'est pourtant là que se situent la source, le nid et le trésor de notre féminité.

Le monde vaginal, d'une réalité si merveilleuse et essentielle est plus méconnu que la face cachée de la lune. On aborde la vulve sous l'aspect biologique, médical ou sexuel, mais en a-t-on apprécié la singularité et la beauté? Sa seule vision ravive en nous un des tabous parmi les plus anciens et les plus fortement ancrés dans nos mœurs. Longtemps, les femmes ont enfanté scrupuleusement cachées sous des draps blancs. Encore aujourd'hui, les seules images facilement accessibles de notre sexe se trouvent dans les livres pornos, ou dans les ouvrages médicaux, associés à des noms de maladies, avec des schémas d'organes présentés de façon si ennuyante que l'on doute qu'il s'agisse bien de notre corps. Tout cela reste très superficiel et n'est pas d'un très grand secours pour connaître notre sexe.

Approfondir notre connaissance intime véritable est indispensable à l'expression de notre bien-être. L'expérience directe est le meilleur outil pour apprivoiser notre corps et nous donner davantage d'emprise et d'autonomie sur notre santé.

La politique de la vulve
Tout vient du féminin. Pourtant, le pouvoir phallocratique a imposé aux femmes sa domination en leur enlevant leur capacité de s'initier à la puissance et à l'autonomie de leur sexualité. Ceinture de chasteté, ablation des lèvres, excision du clitoris, infibulation; pourquoi ces sanglantes boucheries et ces agressions sadiques faites au corps des femmes? Il y a moins de 100 ans, on muselait encore le sexe des femmes.

Cette douloureuse soumission se perpétue actuellement. 100 millions de femmes sont excisées dans le monde et la barbarie continue: deux millions de fillettes sont encore mutilées chaque année. Cette haine du désir et du plaisir de la femme, cet ostracisme anti-vulvaire ont assez duré. Restaurons la royauté des femmes sur leur corps.

L'exploration vaginale
Toutes les femmes devraient avoir la chance de visualiser l'intérieur de leur corps. Quand on examine régulièrement son sexe, on est à même d'en remarquer les moindres changements, ce qui permet un traitement précoce des affections éventuelles. On peut détecter nos temps fertiles et infertiles, nos infections, l'apparition ou l'évolution de condylômes, ou d'autres altéra-tions internes. L'auto-examen ne remplace pas les tests de frottis vaginaux (test de Papanicolaou) qu'on doit faire à intervalles réguliers. Ces tests sont les seuls à pouvoir déceler les dysplasies, ces modifications cellulaires précancéreuses de nos tissus utérins.

L'auto-observation, d'abord un outil de prévention, permet de démythifier notre corps, de reprendre sur lui nos droits sacrés. Il faut secouer la honte non avouée qui nous empêche de regar-der à l'intérieur de nos corps, d'en apprendre le fonctionnement, de se faire confiance pour devenir expertes de nous-mêmes et cesser de compter sur la seule compétence des médecins.

La fleur de chair
Même nue, on n'a qu'une vision superficielle de son propre sexe. Au centre du corps, la vulve est à la fois porte de la vie et source d'énergie érotique. La première partie de notre géographie intime est le Mont de Vénus, à la jonction du ventre et des cuisses, protubérance harmonieuse, couverte d'un triangle pileux caractéristique. Cette «mousse» pubienne retient et concentre les odeurs et phéromones pelviennes pour les rendre invitantes au partenaire amoureux. Le Mont de Vénus, ce coussin de tissus sensible à nos flux d'œstrogène et gonflé de la puberté à la ménopause protège les os de la zone pubienne. Ces os sont liés par des cartilages qui s'assouplissent pour permettre leur distension lors de l'accouchement.

Les grandes lèvres bordent l'échancrure vulvaire. Seuls leurs sillons externes sont couverts de poil. Toute cette région sue avec la même insistance que les aisselles. À la fois pour évacuer les surplus de chaleur interne, mais aussi pour sécréter un sébum particulier qui protège et imperméabilise les organes internes contre les bactéries pathogènes du sang menstruel, de l'urine ou des infections étrangères.

Couvertes en grande partie par les grandes lèvres, les nymphes (ou petites lèvres) ressemblent à des voiles flottants de formes et de dimensions très variables d'une femme à l'autre.
Leur coloration s'étend du rose nacré au brun profond.
Leurs glandes sébacées produisent à partir d'acides gras l'essentiel de la fragrance féminine, ce «baume sexuel» émetteur d'un large éventail de messages hormonaux à l'endroit des deux sexes. Les nymphes sont plus innervées et irriguées que les grandes lèvres et beaucoup plus sensibles aux stimulations. Les unes comme les autres gonflent avec l'excitation sexuelle jusqu'à doubler ou tripler de volume.

La jonction supérieure des nymphes recèle le clitoris, le plus secret des organes externes du corps féminin, recouvert de son capuchon. Érectile, ce bouton de chair est parcouru par plus de 8 000 nerfs distincts qui en font un des lieux favoris de la jouissance au féminin.

À l’intérieur de l’intérieur
À quelques centimètres sous le clitoris, se trouve l'ouverture de l'urètre, ce canal d'évacuation de la vessie, long d'à peine six centimètres. Cette proximité entre la vessie et les sources d'infection externes explique notre grande propension aux problèmes urinaires comme les cystites. Des glandes situées dans l'urètre produisent des sécrétions qui jaillissent parfois lors de l'orgasme.

Encore plus bas, toujours entre les lèvres, apparaît l'orifice du vagin, ce long conduit musculaire reliant l'utérus au monde extérieur. Pour poursuivre notre visite plus loin, il nous faut utiliser un spéculum (voir l'encadré) qui sert à écarter les parois vaginales très extensibles. Parfaitement closes, ces parois internes, qu'on décrit ordinairement ouvertes, se touchent la plupart du temps pour empêcher le vagin de se remplir d'air.

Le vagin en santé est un milieu humide qui héberge une multitude de bactéries amies, des lactobacilles, dont le rôle est d'empêcher l'invasion des bactéries nocives. Bactéries lactiques et sécrétions vaginales coopèrent de sorte que le vagin baigne dans un milieu acide favorable dont le ph (3,8 à 4,5) équivaut à celui d'un verre de vin rouge. Cette acidité ambiante fait du vagin en santé, contrairement aux préjugés, un des endroits les plus propres du corps humain. Beaucoup plus propre que la bouche, par exemple. Il est donc aberrant, et même nuisible, de vouloir à tout prix assécher le vagin ou le soumettre à des douches avec des produits désinfectants. Ces pratiques détruisent la flore vaginale protectrice et suscitent les vaginites et les infections urinaires. L'odeur normale d'un vagin est proche de celle de l'acide lactique présent, par exemple, dans le yogourt ou la choucroute. Toute autre odeur désagréable révèle un déséquilibre de la flore vaginale par une infection de bactéries, de champignons ou un virus. Malheureusement, plus de 75% des femmes en sont victimes au moins une fois dans leur vie. Chez certaines, la sensibilité est si élevée qu'une seule émission de sperme (au ph très alcalin de 8) suffit à déséquilibrer l'écologie vaginale et ouvrir la porte aux infections.

Tout au fond du couloir rose du vagin, le col de l'utérus forme avec lui un angle variable d'un examen à l'autre, puisque l'utérus est relativement mobile selon la position du corps, la pression des viscères, etc. Le col utérin a l'apparence d'un bulbe humide. En son centre, c'est l'orifice de l'utérus où s'infiltrent les spermatozoïdes pour la fertilisation, d'où s'écoule le sang menstruel et qui s'écartera éventuellement pour laisser le passage à un enfant.

Le col sécrète, tout au long du cycle, un mucus, la glaire cervicale, dont l'abondance et l'apparence sont un bon indicateur de nos périodes fertiles. À la fin des menstruations, la glaire est très peu présente, puis, à mesure qu'approche l'ovulation, sa quantité augmente, son apparence devient de plus en plus claire et élastique, semblable à celle d'un blanc d'œuf non cuit. Immédiatement après, la glaire perd de son élasticité, s'épaissit, devient opaque et adhésive. Sa quantité diminue jusqu'aux menstruations. L'observation méticuleuse des fluctuations de la glaire cervicale s'intègre avantageusement à un programme naturel de contrôle de la fécondité.

Entre le vagin et l'anus, se trouve la région du périnée. Point d'appui de la vulve, c'est un des principaux soutiens des organes pelviens. Il est trop souvent traumatisé lors de l'accouchement, ce qui peut inciter au prolapsus utérin. Pour les taoïstes, cette région est connue sous le nom de «Porte de la vie et de la mort» et permet à la force de vie, si elle est tonifiée, d'augmenter l'énergie vitale.
 

Notre monde a un grand besoin de retrouver le sens sacré de la sexualité féminine. Le respect qui est dû à la Vie doit commencer par celui du corps des femmes, le lieu de nos origines.

S'éveiller à la beauté, s'initier à la sagesse et accéder aux forces à l'œuvre dans notre féminité, c'est développer, à travers le contact intime avec nos corps, la capacité d'en assumer à la fois la réalité animale et la transcendance spirituelle. C'est unir le sang à l'émotion créatrice et aussi percevoir dans la matière la plus concrète les promesses d'une semence d'étoile.

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